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Que cesse l’injustice !

Le comité de soutien appelle l’opinion publique à se rassembler pour exiger la libération immédiate et inconditionnelle de quatre artistes contestataires : Abdallah Yahya, Mahmoud Ayed, Slim Abida et Yahya Dridi, condamnés à un an de prison dont près de neuf mois ont été effectués.

En notre qualité de citoyens tunisiens, sensibles à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, nous vous interpellons sur la situation des jeunes artistes-militants emprisonnés depuis la nuit du 21 septembre 2013, accusés de consommation de cannabis, suite à un assaut policier au domicile du cinéaste, Nejib Abidi.

Cette arrestation, qui est intervenue alors que les artistes se savaient surveillés pour leurs actions militantes et parce que leurs documentaires commençaient à déranger en haut lieu, avait dès lors provoqué une vague d’interrogations. D’autant que les procédures se sont déroulées dans la plus flagrante illégalité : Pas de mandat d’arrêt ni de perquisition ; prélèvement urinaire par des policiers et non un corps médical spécialiste ; disparition des rushs des documentaristes, confisqués par la police au cours de la perquisition sans qu’aucun procès-verbal n’y fasse référence….

Près de neuf mois après, cette affaire continue de provoquer une vague d’indignation dans le milieu culturel et journalistique, principale proie et première victime de ce genre de violences orchestré par un système antidémocratique. Nous sommes à ce jour scandalisés de voir ce que subissent artistes et journalistes engagés et révoltés face à ces arrestations complètement arbitraires à l’encontre de ces jeunes militants tunisiens.

Jour après jours, nous voyons les autorités amnistier des ex-détenus de droit commun. Aujourd’hui, dans la Tunisie en plein élan révolutionnaire avec, le comble, à sa tête l’ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, nous continuons à espérer de voir nos jeunes détenus libérés. Abdallah Yahya, Mahmoud Ayed, Slim Abida et Yahya Dridi ne représentent aucune menace pour la société ; à l’inverse, leur maintien en détention est une menace pour leurs talents inouïs dans leurs domaines respectifs, pour la liberté d’expression et d’opposition et le processus démocratique engagé depuis 2011.

Personne n’est à l’abri du cauchemar que vivent ces quatre artistes, enfermés derrière les barreaux de l’injustice. Aucun de nous ne doit se croire intouchable car nous pouvons tous demain nous retrouver avec seulement 10 minutes, une fois par semaine, pour parler à nos proches, à travers les vitres sales des prisons inhumaines.

Venez nombreux, jeudi 12 Juin 2014, à partir de 18h devant le théâtre municipal pour un rassemblement artistique qui dénonce la situation équivoque que traversent nos confrères et exiger la libération immédiate et inconditionnelle de nos prisonniers.

Ces jeunes artistes ont à ce jour passé près de neuf mois de la sentence prévue à leur encontre (un an de prison et une amende de mille dinars). N’est-ce pas suffisant ? N’est-il pas le moment d’en finir avec cet acharnement orchestré contre les voix libres de la scène artistique-contestataire tunisienne ?

Qui sont-ils ?

  • ABDALLAH YAHYA, 34 ans, est réalisateur. Son documentaire premier « Nous sommes ici » est sorti en 2012. Il met en lumière le quotidien des habitants de Jebel Jloud, quartier situé à quelques kilomètres de la capitale où sont concentrés chômage, misère économique et difficultés sociales. Son second film «Le Retour », produit par l’artiste Nasreddine Shili S’hili, a été projeté à la salle Le Mondial en avant-première, dans le cadre du Festival des Droits de l’Homme, pendant que le réalisateur de l’œuvre était détenu en prison. « Un Retour » obtiendra le prix du meilleur film tunisien et celui du meilleur long métrage. Abdallah Yahya est connu pour avoir obtenu le plus grand nombre de prix depuis deux ans, dans les rangs des jeunes documentaristes tunisiens.
  • YAHYA DRIDI, 28 ans est ingénieur son et secrétaire général d’Asso Chaabi. Militant sur la question de la justice sociale et connu pour collaborer essentiellement sur des films engagés. Il a travaillé avec Nejib Abidi notamment sur un documentaire d’investigation en Italie sur les disparus de Lampeduza. Il réside entre la Tunisie et la France où il mène ses activités artistiques. Lors de son arrestation, il travaillait avec Mahmoud Ayed, Skander Ben Abid et Slim Abida sur une création musicale.
  • MAHMOUD AYAD, 29 ans est pianiste. Il a travaillé avec de nombreuses personnalités de la scène alternative et contestataire en Tunisie tel que Bendir Man. Lors de son arrestation, il travaillait avec Yahia Dridi, Skander Ben Abid et Slim Abida sur une création musicale.
  • SLIM ABIDA, 33 ans est musicien bassiste, compositeur et fondateur du groupe Jazz Oil. Il réside entre Tunis et Paris. Présent sur la scène musicale contestataire depuis plus de 10 ans, lors de son arrestation, il travaillait avec Yahia Dridi, Skander Ben Abid et Slim Abida sur une création musicale.

Florence Pescher-Dridi, Léila Abida, Dalila Ayed, Latifa Manaï, Mondher Yahya.

Consommation du cannabis en Tunisie, il est grand temps d’en débattre !

Le cannabis en Tunisie et la loi 52

La prohibition de la consommation du cannabis en Tunisie, remonte à la période de l’indépendance ! Pourtant sa consommation, était plus ou moins tolérée jusque dans les années 60, ainsi dans les quartiers populaires de la médina comme Bab Jdid, Bab el Mnara, ou Bab el Khadhra, et pour beaucoup, sa consommation faisait partie de la convivialité quotidienne et rituelle, génératrice de liens sociaux solides et profonds. H.M,65 ans, dont 31 passés sur les camions à faire le tour de toute l’Europe, se rappelle : « De la bonne beu circulait, elle venait d’Algérie, rien à voir avec l’actuelle merde compressée! À Bab Jdid, on avait l’habitude de fumer en pleine rue, l’odeur du haschisch pouvait se confondre facilement avec celle d’un type de cigarette thérapeutique, vendue fût un temps en pharmacie… ainsi quand on nous posait des questions, on pouvait simplement dire qu’on était entrain se soigner ! Des fois dans la maison d’un ami, on se partageait un bel calumet tous ensemble. En ces temps lointains, la police n’osait même pas faire des descentes ». Le prix, pour une quantité suffisante à confectionner deux joints, est à peine de 5 dinars (2,5 euros en moyenne), mais si le dealer est un ami, pour le même prix il peut en fournir une quantité plus importante, et de la bonne qualité, alors qu’aux étrangers au quartier, il ne se fait pas de scrupules à refourguer de la mauvaise. Le lieu principal de deal de la « zatla » est la zone de sidi Mansour, où les « malfrats locaux » circulent souvent en compagnie de molosse qu’ils tiennent en laisse, alors que c’est dans la zone de Mellassine, que circule la drogue dure.

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Une rue à Bab Jdid Photo: Patrizia Mancini

Avec l’évènement de la dictature de « Ben ALI », la répression est devenue de plus en plus pesante, même vis-à-vis des consommateurs de cannabis ! Offrant au pouvoir d’ultérieurs moyens de contrôle social vis-à-vis des jeunes des quartiers populaires. Avec l’adoption de la loi 52 du 18 mai 1992, se dessine le passage net vers doctrine de la tolérance zéro, vis-à-vis des consommateurs, et en même temps, se met en place un formidable instrument de chantage à l’encontre de tout le vivier d’informateurs et d’espions où puisait les services de sécurité, épine dorsale du « système Ben Ali ». La loi 92-52 du 18 mai 1992, prévoit pour les infractions de détention, pour utilisation propre ou commerce, des substances stupéfiantes ou narcotiques, un traitement spécifique, qui déroge aux règles admises pour l’ensemble des autres infractions pénales. En effet, et comme le dit l’article 12 : les dispositions de l’article 53 du code pénal, ne s’appliquent pas aux infractions prévues par cette loi, ce qui veut dire que pour ces crimes, les circonstances atténuantes ne peuvent s’appliquer, alors qu’elles le sont bien pour des crimes bien plus graves, ainsi l’infraction, reste inscrite dans le casier judiciaire de l’inculpé.

Art 4 : sera punit d’une peine d’emprisonnement d’un an à 5 ans, et d’une amende de 1000 à 3000 dinars, quiconque consomme, ou détient pour utilisation personnelle, plantes ou substances stupéfiantes, sauf dans les conditions prévues par la loi. Même la simple tentative est punissable ! il apparaît évident qu’une large marge de manœuvre est ainsi offerte à qui devrait définir ce qu’est « une tentative ». Art 8 : sera punit d’emprisonnement de 6 mois à 3 ans, et une amende de de 1000 à 5000 dinars quiconque fréquente, en toute connaissance de cause, un endroit destiné et équipé pour l’utilisation des stupéfiants et dans lequel il en est fait usage ! Plus tard la tunisie se dotait des appareils pour l’analyse des urines qui auraient dû être utilisés dans les contrôles anti-dopage ! Pourtant ils n’ont jamais été utilisés dans ce sens, mais ont par contre servi exclusivement à mesurer le niveau de TetraHidroCannabinol (principe actif du cannabis) chez tous ceux qui venaient à être arrêtés pour consommation de stupéfiants, mais aussi, et tout à fait arbitrairement, chez tous les jeunes arrêtés pour d’autres motifs, et ce jusqu’à nos jours de post-révolution !

Le rôle de la Police

F.L du Quartier de Bab Mnara, est entré et sorti de la prison de Mornaguia à 4 reprises, de 1998 à 2002, accusé de simple consommation, sans même qu’on ait trouvé des traces de « zatla » sur lui ! « Ceux de la drogue, sont stigmatisés et maltraités plus que les autres détenus « dit-il, et de rajouter « la maltraitance commencent avec les analyses d’urines, qui étaient faites au demeurant sans demander le consentement, on me faisait boire de force des litres d’eau, si je n’arrivais pas à pisser rapidement » « Qui pouvait se le permettre, payait un policier pour pisser à sa place, et en sortir ainsi blanchit » « Les coups commençaient à pleuvoir dès l’arrivée au SAMU, et continuaient au commissariat, où il y avait une pièce dédiée spécialement à l’accueil des « drogués », suspendus au mur, il y avait plusieurs modèles de bâtons, et le policier de me demander de choisir celui avec lequel je voulais être battu » « Une fois, on m’a aspergé d’eau froide, et on m’a pulvérisé un gaz sur les parties génitales, j’avais l’impression qu’on me les serrait d’une façon atroce et vigoureuse, après on m’a cassé un pied, et on m’a balancé un coup de pied sur le visage, tu vois la cicatrice? » « En prison, j’avais côtoyé des gens de Ennahdha, qui se disaient scandalisés par le traitement qui nous était réservé, mais après, une fois arrivés au pouvoir, ils n’ont même pas exprimé une parole en faveur de la modification de la loi 52, ou du moins éliminé la machine des analyses forcées, et pourtant les islamistes avaient expérimenté la torture sur leur propre peau » F.L a préparé un dossier médical pour dénoncer ce qu’il avait subi, mais les policiers l’ont menacé de le faire condamner à 10 ans de prison, s’il s’obstinait à porter plainte ou à parler, et ceci a continué en 2012, même après la révolution. Si ceci est le traitement infligé, à un simple « weld el houma » que pouvait-il bien arriver à un dealer de hash qui décidait de ne pas payer la rançon aux policiers ? Au cours du mois de novembre 2013, Walid Denguir, un petit trafiquant de Bab el Jdid, trouvait la mort dans un poste de police où il fût amené. Les photos de son cadavre montraient des signes évidents de tortures, il avait eu une prise de bec avec les policiers « gangsters » qui monopolisaient le trafic d’alcool et de drogue dans la région, en particulier avec leur chef, le dénommé Faouzi Lembi, qui sera obligé de quitter le quartier après des jours et des jours de manifestations et protestations, parfois violentes, devant chez lui. Mais on arrivera à dire que la mort de walid, n’était que le résultat d’une overdose d’haschish !!!! Une enquête fût ouverte par le ministère de l’intérieur, mais jusqu’à ce jour elle ne semble avoir tiré au clair les circonstances de la mort de walid, et encore avoir conduit à une quelconque mise en accusation.

Graffiti à Bab Jdid, Walid Danguir Photo: Patrizia Mancini
Graffiti à Bab Jdid, Walid Danguir Photo: Patrizia Mancini

Si à l’étranger, les arrestations de rappeurs et d’artistes, ont eu beaucoup d’échos, entraînant de fortes mobilisations et des mouvements de soutien, et ceci est de toute façon positif pour la lutte contre la loi 52, il convient de rappeler que les arrestations des gens moins connus ne suscitent aucune réaction. Les anonymes, ceux qui ne pourraient faire l’objet d’articles « succulents » en défense de l’art et de la liberté d’expression dont raffolent les médias occidentaux, sont ainsi laissés à la marge et n’intéressent personne. Du moment qu’il a été démontré que la loi 52 servait à réprimer la contestation, et cherchait à faire taire ceux qui dénoncent les méfaits du pouvoir comme cela a été le cas en septembre 2013 pour Nejib Abidi, Yahia Dridi, Abdellah Yahya, Slim Abida, Mahmoud Ayad et Skander Abid (dont on a parlé dans un article intitulé : la stratégie de la panique ne fait pas peur aux jeunes et aussi dans »État de droit? Des artistes arrêtés pour occulter le scandal du trafic de la morte ») il est tout autant vrai, qu’elle reste aussi un instrument policier de chantage vis-à-vis des déshérités et des plus faibles, amenant en même temps délinquance et dégradation sociale dans leurs quartiers via les trafics illégaux gérés directement par les policiers ! Mais en plus, celui qui vient à être emprisonné pour avoir fumé un joint, est sciemment mis en compagnie de délinquants ayant commis des crimes autrement plus graves, et il se retrouve souvent à reproduire leurs crimes une fois dehors, il faut d’ailleurs rajouter, qu’un article seul article ne serait pas suffisant pour décrire l’état des prisons tunisiennes !

Voix contre

Au lendemain de la révolution, la parole se libère, en mai 2011, la première voix à se lever contre la loi 52 et pour la légalisation des drogues « douces » fût celle du Parti Pirate en Tunisie avec Slim Amamou, bloggeur et fameux ex-sous-secrétaire d’état auprès du ministre pour la jeunesse du premier gouvernement post-révolution. En 2012, est lancée une première tentative de structurer un mouvement autour de cette problématique, traditionnellement tabou en tunisie. Un groupe a été créé sur facebook, « tous unis pour la légalisation du cannabis », qui arrivera à avoir plus de 4000 fans en très peu de temps, mais à la manifestation du 18 février devant l’assemblée nationale, les 700 personnes qui demandent la légalisation du cannabis, viennent à être dispersées par la pôlice. La semaine suivante, trois rappeurs liés au mouvement, sont arrêtés alors qu’ils consomment dans une maison privée, et de sporadiques sit-in se produiront pour dénoncer l’arbitraire de la loi 52. En 2013, à la suite de l’arrestation d’autres rappeurs, et de Néjib abidi, on a cherché une nouvelle fois à sensibiliser l’opinion publique tunisienne autour de cette question ! Entre temps et pour la première fois dans l’histoire de la tunisie, un simple citoyen, Souhail Bayoudh, lui aussi un « weld el houma » de Bab el Khadhra met en ligne quelques vidéos de témoignages de consommateurs habituels de cannabis, qui à visage découvert, en y mettant littéralement la face, racontent la quotidienneté du rite de « fumer » dans leur quartier, et les abus qu’ils subissent de la part des policiers. La conception est originale, comme un soap-opera en plusieurs épisodes, Souheil publie sa série de vidéo « Matetfarjouch fina », qui enregistrent un succès certain auprès des internautes. Le leitmotiv des vidéos : la légalisation de la zatla, basta avec el aaam et la vespa (en référence à l’année de prison et l’amende de 1200 dinars, prix d’une moto vespa). « Ils ont trouvé le courage de témoigner » nous dit Souhail « parce qu’ils savaient que, comme eux, moi aussi je viens des vieux quartiers de la médina, ces quartiers dont la culture a été chamboulée par l’arrivée en masse de citoyens qui venaient d’une ville de l’intérieur du pays « Jelma ». « Ce fût ben ali qui facilita cet exode vers nos quartiers, et la famille trabelsi de sa femme, mit entre leurs mains le commerce de la pacotille chinoise. » « Les codes moraux et comportementaux différents et divergents, provoquent jusqu’à aujourd’hui des confrontations violentes entre autochtones et nouveaux arrivants….ainsi beaucoup des habitants de la médina se sont transférés ailleurs. » « Mais les jeunes qui fument ne dérangent personne, ils se réunissent dans la maison d’un ami autour d’un thé et un joint. » « Moi personnellement je considère que cette loi reflète aussi le moralisme vis-à-vis de la notion de plaisir du corps, qu’on cherche par tous moyens à cacher et à réprimer » Souhail a lancé ses derniers jours son association « Forza Tounes » dont les objectifs sont entre autre de relancer un débat national sur la loi 52.

Les vidéo de Souhail Bayoud:

Au cours du mois de février 2014 a été lancée aussi l’initiative « Al Sajin 52 » (prisonnier 52), dont l’un des participants n’est autre que l’avocat Ghazi Mrabet, impliqué depuis longtemps dans la défense des activistes et rappeurs. Le 15 mars dernier un débat animé organisé par le groupe chez Nawaat a vu la confrontation de deux visions différentes vis-à-vis de la question (réformer la loi ou dépénaliser la consommation ?) Certains médecins ont parlé de la zatla comme d’une drogue nocive à la santé, qui aménerait à la dépendance et à la tolérance, provoquant la réponse irritée des jeunes consommateurs, qui chiffres à l’appui, ont cité l’alcoolisme, et des substances stupéfiantes présentes dans certains médicaments légalement vendus en pharmacie, comme cause principale de dangers pour la santé, bien plus graves et supérieurs à celui de l’haschisch. Le groupe promoteur a envoyé une lettre au premier ministre Mehdi Jomaa par laquelle ils demandent une confrontation avec la société civile pour modifier la loi 52.

3 ans après la révolution populaire qui a chassé le dictateur, aucune révision sérieuse n’a été entamée de la législation tunisienne, et les méthodes policières restent les mêmes d’avant la révolution, avec un acharnement sadique contre les jeunes ! 30 % de la population carcérale tunisienne est composée de personnes accusées de consommation de drogues. Quant aux cures de désintoxication, il faut savoir que la majeure partie des centres de cure ont été fermés. Il est urgent que s’ouvre enfin un débat serein et constructif sur la loi 52, de la part de toutes les couches de la population et des catégories sociales impliquées dans cette problématique.

Patrizia Mancini

Traduit de l’italien par Ghazi DALI @ghadi khir

Demandez la libération d’Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida et Mahmoud Ayed !

Les faits :

Le 19 septembre 2013, cambriolage au domicile de Nejib Abidi, sous les yeux des policiers en faction devant la synagogue : seuls 2 disques durs  contenant des centaines d’heures de rushs disparaissent.

Dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 septembre, vers 4h du matin, une équipe de policiers arrive en force, sans mandat d’amener, sans ordre de perquisition, sans ordre du procureur de la république, et arrête les sept personnes présentes : Nejib Abidi, Amal Amraoui, une autre jeune fille, Skander Ben Abid, Yahya Dridi, Mahmoud Ayed et Slim Abida.

Une perquisition a lieu sur le champ, les policiers saisissent un 3ème disque dur, volent l’argent des prévenus et les papiers (carte de séjour française, livret de famille, billet de bateau) de Yahya Dridi… vol, clairement mentionné par les intéressés pendant les interrogatoires et dès la première audition du juge d’instruction, mais qui n’a pas donné lieu à des poursuites judiciaires.

Pourquoi ces jeunes étaient-ils réunis ? Parce qu’ils fêtaient le départ prévu pour le lendemain de Yahya Dridi qui rejoignait son épouse afin de s’installer en France et parce que Yahya, Slim et Mahmoud finissaient avec Abdallah Yahya, la bande son du documentaire « Le retour » sélectionné pour le festival international du film des droits de l’Homme de Tunis, dont la projection était programmée pour le 27 septembre 2013, soit une semaine plus tard.

Les 8 ont été transférés à Bouchoucha où ils ont fait 6 jours de garde à vue dans des conditions terribles, accompagnées de violences policières citées dans le dossier devant le magistrat, avant d’être amenés le 27 septembre devant le juge d’instruction. Première grosse surprise, le tout premier PV d’audition a mystérieusement disparu et le juge a fait comprendre aux avocats qu’il valait mieux oublier le vol qualifié des policiers dans l’intérêt des clients.

A l’issue de cette première journée d’audition, quatre personnes ont été libérées en conditionnelle : Nejib, Amal, l’autre jeune fille et Skander ; quelques jours plus tard, ils bénéficieront d’un non lieu. Les autres, Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida et Mahmoud Ayed, ont été incarcérés à la prison civile de Mornaguia sur la base de résultats d’analyses montrant une consommation de cannabis. Hors il n’y a eu aucune analyse légale, des policiers se sont présentés à l’hôpital avec des urines récupérées dans des bocaux en verre, d’après eux, auprès des suspects !

Dès le début de cette affaire donc, des zones d’ombre et de non droit sautent aux yeux. Les avocats n’ont cessé de demander des contre analyses, mais sans succès.

Le procès qui a eu lieu le 27 janvier, a été révélateur de tous les manquements, de tous les vices de forme et de procédure qui entachent l’affaire. Mais malgré le non respect total du droit, bien que les plaidoiries des avocats, aient démontré que tout ça n’était que le résultat combiné d’une volonté politique et d’une vengeance policière, la juge a prononcé pour les quatre détenus toujours incarcérés, une peine d’une année.

Que pouvait-il y avoir d’aussi intéressant dans ces disques durs ? Pourquoi des policiers ont-ils fait irruption au domicile privé d’un citoyen, sans ordres ?
Dans les disques durs, il y avait des images tournées en 2012 sur les disparus de Lampeduza, et de quoi déranger un bon nombre de personnes… comme des témoignages sur l’implication de la police de Kabaria dans le départ de centaines de tunisiens vers l’Italie. Non seulement les policiers organisent eux même la montée dans les bateaux de la mort mais exigent au passage une « rachoua » en plus de celle demandée par le passeur. L’enquête menée par les cinéastes a démontré qu’il y aurait eu un accord entre les autorités italiennes et les autorités tunisiennes pour cacher une bavure côté italien à l’arrivée des bateaux. C’est ce que dénonce « Bazar », le film de Nejib Abidi, qui était en passe de sortir au moment de leur arrestation.

Par ailleurs, ces jeunes artistes engagés, ne s’étaient pas arrêtés là. Ils ont depuis plus de deux ans multiplié les actions militantes, créé le MJR, mouvement des jeunes révolutionnaires, mobilisé des milliers de jeunes au moment du sit-in du Bardo à l’été 2013. Ils ont tourné un documentaire sur l’assassinat de Chokri Belaid, et venaient de finir un très beau documentaire, « Le retour », d’Abdallah Yahya qui raconte les violentes descentes de police la nuit dans un petit village, El Omrane, … Si on ajoute à cela que Nejib Abidi et Yahya Dridi avait fondé l’association et radio contestataire Chaâbi*(1), empêchée d’émettre avant même qu’elle ait commencé, que leur producteur pour les images citées n’est autre que Nasredine Shili, lui-même incarcéré fin août 2013 pour avoir jeté un œuf sur le ministre de la culture, cela fait beaucoup de coïncidences.
D’ailleurs, les artistes se savaient surveillés depuis le début du mois d’août, quand leur présence au sit-in du Bardo, et le rejet affiché de tous les partis politiques existants avaient éclaté au grand jour, faisant poindre à l’horizon pour le gouvernement la peur d’une nouvelle révolution.

Comme si tout cela n’était pas suffisant, Maitre Koutheir Bouallegue a décidé SEUL, contre l’avis des autres avocats du comité de défense spontané dont il faisait partie, contre la volonté des familles et CONTRE la décision des 4 prisonniers de déposer une demande d’appel. Ce qui est bien sûr contraire au droit. Il s’agissait d’une véritable « PRISE D’OTAGES » puisque plus aucun autre recours n’était désormais possible, ni demande de grâce, ni demande de libération conditionnelle, ni mesure d’aménagement de la peine. Mettant les familles devant le fait accompli il a ensuite exiger 1000dt par famille, et devant le refus et/ou l’impossibilité de payer pour 2 d’entres elles, il a laissé purement et simplement tombé le dossier. Une plainte a été déposée contre Maitre Bouallègue auprès du procureur général et du bâtonnier.

Généralement, un jugement d’appel intervient maximum dans les 10 jours après le dépôt pour les détenus incarcérés. Mais plus de 2 mois après le rendu du verdict et le dépôt de l’appel, rien n’avait bougé. Pire, la juge avait perdu le dossier et malgré les appels répétés du procureur général pour que ce dossier lui soit transmis afin de faire annuler la procédure d’appel à la demande des familles et des détenus, le dossier était « introuvable ».

Concrètement, cela veut dire que les 4 détenus qui ont été libérables le 20 mars et proposés conjointement par le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire pour la libération du 9 avril n’ont pu être libérés uniquement parce qu’administrativement, leur dossier portait la mention de l’appel (bien qu’ils aient eux mêmes refusé de signer l’appel à la prison) !! 2 possibilités envolées de mettre fin à leur calvaire parce que leur dossier avait disparu et qu’un avocat avait agit contre le droit, c’est un comble pour une institution censée faire respectée la justice et le droit des citoyens.

Lundi 14 avril, nous entamions la 4ème semaine de recherche du dossier quand la juge, suite à un appel de ses pairs, l’a enfin retrouvé.

Mercredi 16 avril, le dossier a enfin comparu en audience d’appel, comparution nécessaire pour demander officiellement au magistrat d’annuler la procédure. Abdallah, Slim, Mahmoud et Yahya ont donc été amenés à la cour d’appel pour cette audience.

Après avoir attendu une journée entière, la juge appelle Abdallah, Slim, Mahmoud et… Nejib Abidi. Surprise générale, incompréhension, Yahya s’approche à la barre auprès de ses compagnons et se voit renvoyé en geôle par la juge qui déclare que Yahya Dridi ne figure pas parmi les détenus de cette affaire ayant fait appel, qu’il n’est donc pas concerné par cette procédure.

Le premier moment de confusion passé, aidé par des avocats sur place, je comprends alors que mon mari, Yahya Dridi, suite à une erreur de nom faite par Koutheir Bouallègue dans l’interjection d’appel, est considéré comme n’ayant jamais fait appel !!!!

Une erreur qui en a entrainé une autre puisque Yahya aurait donc dû sortir le 20 mars et le 9 avril mais personne au sein de l’administration générale pénitentiaire comme au ministère de la justice n’a pris soin de lire le dossier pour vérifier que les 4 personnes suscitées avaient toutes bien fait appel. La non exécution donc de sa sortie est liée à un appel qu’il n’a jamais fait !!!!

Décidément cette affaire multiplie les erreurs, les retards, les coups de théâtre, les vices de procédures.

Pour Abdallah Yahya, Slim Abida et Mahmoud Ayed, l’appel a donc enfin été annulé suite à l’audience de mercredi, ce qui leur permet désormais de demander une grâce exceptionnelle, ou une libération conditionnelle. Les mères attendent désormais l’attestation prouvant le retrait de l’appel qui devrait leur être délivrés la semaine prochaine.

Rappelons que ces jeunes sont des artistes, qu’ils n’ont jamais été arrêtés auparavant, que d’ordinaire, les condamnés à 1 an pour la première fois sont libérés à la moitié de leur peine. Les 4 artistes n’entrevoient plus qu’une libération par une grâce que pourrait leur accorder Monsieur le Président de la République au vu de toutes les erreurs qui ont entacher ce dossier car, la conditionnelle ne pourra leur être accordée qu’à partir de fin juillet. C’est en effet ce que prévoit le droit tunisien, si vous êtes condamnés à plus de 8 mois d’emprisonnement, vous ne pouvez pas être libérable avant d’avoir purgé 10 mois de la peine.

Ils sont à bout, à bout de forces, le moral au plus bas… Slim et Yahya, (tous deux résidents français) avaient des projets artistiques en France, qui sont mis en stand by à cause de leurs incarcération et qui pourraient bien être annulés s’ils ne sont pas libérés. La vie professionnelle des artistes est réellement menacée.

Mahmoud Ayed est soutien de famille, c’est lui qui assumait les charges de sa famille…une famille aujourd’hui plongée dans une profonde détresse financière.
Quand à Abdallah, dont la famille vit très loin de Tunis et se montre très affectée par son incarcération, il n’a pu bénéficié de visites, de couffins, « d’argent de poche » pour acheter les produits d’hygiène. Son film, « Le retour », qui a été primé par le jury et le public du festival international des droits de l’Homme, a pour l’instant disparu. Il aurait pourtant dû être projeté dans plusieurs festivals à l’étranger.

Est ce que l’Etat tunisien va laisser encore cette injustice continuer plus longtemps ? Est ce que la double peine (personnelle et professionnelle) a ici un sens ? L’incarcération vise à mettre au ban de la société des individus dangereux pour la société, est ce que maintenir des artistes en prison rendra à la société tunisienne plus un sentiment de sécurité? Quand normalement les doutes, les erreurs, les vices de forme et de procédure doivent profiter aux accusés, n’a-t-on pas assez accumulé dans cette affaire des erreurs qui ne sont pas à l’honneur de la justice tunisienne, pour qu’ils soient libérés ?

Nous, les familles, demandons publiquement à Monsieur le Président de la République, de bien vouloir mettre fin à cette affaire, en accordant à Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida et Mahmoud Ayed, une grâce exceptionnelle, en accord avec ce qui avait été programmé le 9 avril et qui n’a pu être exécuté suite à aux erreurs qui ont marqué le dossier.

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Libérez Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida, Mahmoud Ayed & tous les anonymes #AlSajin52 !

Depuis plus de six mois, on aura tout dit et tout entendu sur l’affaire des jeunes cinéastes arrêtés le 20 septembre 2013 au domicile de Nejib Abidi. Et depuis 6 mois, si les langues se sont déliées dans l’ombre, le silence tel une chape de plomb, a maintenu le flou, les fausses informations et la rumeur… une « non médiatisation » organisée, voulue, pour que cette fameuse rumeur, maladie pernicieuse, puisse laisser croire qu’il ne s’agissait là que d’une énième histoire de consommation de cannabis, presque « normale » dans ces milieux « d’artistes gauchisants ».

Revenons sur l’affaire. Le 19 septembre 2013, des personnes s’introduisent au domicile de Nejib Abidi, rue du Cap Vert, petite rue située derrière la grande synagogue de l’avenue de la Liberté, pourtant surveillée en permanence par des policiers, pour ne voler « que 2 disques durs » contenant des centaines d’heures de rushs.

Le lendemain, dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 septembre, vers 4h du matin, une équipe de policiers arrive en force, sans mandat d’amener, sans ordre de perquisition, sans ordre du procureur de la république, et arrête les sept personnes présentes : Nejib Abidi, Amal Amraoui, une autre jeune fille dont nous respecterons l’anonymat pour sa famille, Skander Ben Abid, Yahya Dridi, Mahmoud Ayed et Slim Abida.

Pendant la perquisition qui a lieu sur le champ, les policiers saisissent un 3ème disque dur, de l’argent et des papiers (carte de séjour française, livret de famille, billet de bateau)… enfin, « saisissent » n’est pas le mot juste, puisque tous ces éléments n’ont pas été mentionnés sur le PV et n’ont jamais reparu. On peut donc parler de vol, clairement mentionné par les intéressés pendant les interrogatoires et dès la première audition du juge d’instruction, mais qui n’a pas donné lieu à des poursuites judiciaires ou pour le moins à une enquête interne auprès des représentants de la loi impliqués.

Pourquoi ces jeunes étaient-ils réunis ? Parce qu’ils fêtaient le départ prévu pour le lendemain de Yahya Dridi qui rejoignait son épouse afin de s’installer en France et parce que les trois derniers cités finissaient avec Abdallah Yahya, la bande son du documentaire « Le retour » sélectionné pour le festival international du film des droits de l’Homme de Tunis, dont la projection était programmée pour le 27 septembre 2013, soit une semaine plus tard.
Peu de temps avant l’arrivée des policiers au domicile de Nejib, Abdallah Yahya avait décidé de rentrer. C’est lui qui a été appréhendé en premier, sur l’avenue de la Liberté, et quand les sept autres l’ont rejoint au poste de la rue Colonia, Abdallah présentait clairement des marques de violences physiques. Ces violences, dont les 8 personnes arrêtées témoignent, et dont elles ont fait mention devant le juge d’instruction ont donné lieu à des premières déclarations extorquées sur lesquelles ils sont revenus. Devant les accusations des policiers prêts à leur faire avouer tout et n’importe quoi, les artistes ont vite compris qu’on essayait de les faire plonger sous des prétextes faciles à faire avaler au plus grand nombre tel que la consommation et le trafic de cannabis.

Ah, cette histoire de zatla qui défraye tant la chronique : pas de cannabis au domicile de Nejib, rien sur les sept personnes arrêtées dans l’appartement…rien sauf quelques grammes que la police dit avoir trouvé sur Abdallah bien que ce dernier ait affirmé que ce sont les policiers eux-mêmes qui ont monté tout cela.

Les 8 ont été transférés à Bouchoucha où ils ont fait 6 jours de garde à vue dans des conditions terribles avant d’être amenés le 27 septembre devant le juge d’instruction. Première grosse surprise, le tout premier PV d’audition a mystérieusement disparu ! Puis, le juge a fait comprendre aux avocats qu’il valait mieux oublier l’aspect « saisie » ou vol qualifié (appelez le comme vous voudrez) dans l’intérêt des clients.

A l’issue de cette première journée d’audition, quatre personnes ont été libérées en conditionnelle : Nejib, Amal, l’autre jeune fille et Skander. Pour les autres, Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida et Mahmoud Ayed, c’est un aller direct pour la prison civile de Mornaguia qui a été ordonné sur la base de résultats d’analyses, bien que rien n’ait été fait dans le respect des procédures légales puisque des policiers se sont présentés à l’hôpital avec des urines récupérées, d’après eux, auprès des suspects !

Dès le début de cette affaire donc, des zones d’ombre et de non droit sautent aux yeux. Les avocats n’ont cessé de demander des contre analyses, mais sans succès.

Le procès qui a eu lieu le 27 janvier, a été révélateur de tous les manquements, de tous les vices de forme et de procédure qui entachent l’affaire. Mais malgré le non respect total du droit, bien que les plaidoiries des avocats, aient démontré que tout ça n’était que le résultat combiné d’une volonté politique et d’une vengeance policière, la juge a prononcé pour les quatre détenus une peine d’une année.

Il est temps de se poser les bonnes questions. Que pouvait-il y avoir d’aussi intéressant dans ces disques durs ? Pourquoi des policiers ont-ils fait irruption au domicile privé d’un citoyen, sans ordres, alors qu’il n’y avait ni bruit, ni événement particulier ?

Dans les disques durs, il y avait des images tournées en 2012 sur les disparus de Lampeduza, et de quoi déranger un bon nombre de personnes… comme des témoignages sur l’implication de la police de Kabaria dans le départ de centaines de tunisiens vers l’Italie. Non seulement les policiers organisent eux même la montée dans les bateaux de la mort mais exigent au passage une « rachoua » en plus de celle demandée par le passeur. Des policiers seraient même montés à bord avec leurs armes de service et partis jusqu’en Italie d’après d’autres témoins. L’enquête menée par les cinéastes a démontré qu’il y aurait eu un accord entre les autorités italiennes et les autorités tunisiennes pour cacher une bavure côté italien à l’arrivée des bateaux. C’est ce que dénonce « Bazar », le film de Nejib Abidi, qui était en passe de sortir au moment de leur arrestation.
Par ailleurs, ces jeunes artistes engagés, ne s’étaient pas arrêtés là. Ils ont depuis plus de deux ans multiplié les actions militantes, créer le MJR, mouvement des jeunes révolutionnaires, mobilisé des milliers de jeunes au moment du sit-in du Bardo à l’été 2013. Ils ont tourné un documentaire sur l’assassinat de Chokri Belaid, et venaient de finir un très beau documentaire, « Le retour », d’Abdallah Yahya qui raconte les violentes descentes de police la nuit dans un petit village, El Omrane, l’injustice, encore et toujours… Si on ajoute à cela que Nejib Abidi et Yahya Dridi avait fondé l’association et radio contestataire Chaâbi*(1), empêchée d’émettre avant même qu’elle ait commencé, que leur producteur pour les images citées n’est autre que Nasredine Shili, lui-même incarcéré fin août 2013 pour avoir jeté un œuf sur le ministre de la culture, cela fait beaucoup de coïncidences, beaucoup trop !!!

D’ailleurs, les artistes se savaient surveillés depuis le début du mois d’août, quand leur présence au sit-in du Bardo, et le rejet affiché de tous les partis politiques existants avaient éclaté au grand jour, faisant poindre à l’horizon pour le gouvernement la peur d’une nouvelle “révolution”.

Alors, venir après tout ça, dans les conditions déjà expliquées, comme des cow boys sans foi ni loi pour arrêter des jeunes dans un espace privé sous prétexte de consommation de cannabis semble être une boutade digne d’un conte pour enfants naïfs. Un cadre de la sûreté nationale m’a affirmé très récemment, que par ailleurs, certains des policiers qui ont arrêté les gars ce soir-là seraient eux-mêmes sous les verrous pour trafic de stupéfiants !

Il y a dans cette affaire trop de tours de passe-passe, trop de ramifications politiques et policières pour qu’on accepte d’avaler cette couleuvre transformée en boa ! D’autant que certains instrumentalisent leur incarcération pour faire changer la loi, certes injuste, sur le cannabis, créant ainsi toujours plus l’amalgame.

Mais comme si tout cela n’était pas suffisant, le premier avocat a décidé SEUL, contre l’avis des autres avocats du comité de défense spontané dont il faisait partie, contre la volonté des familles et CONTRE la décision des 4 prisonniers de déposer une demande d’appel. Ce qui est bien sûr contraire au droit. En faisant cela, il nous a tous « PRIS EN OTAGES » puisque plus aucun autre recours n’était désormais possible, ni demande de grâce, ni demande de libération conditionnelle, ni mesure d’aménagement de la peine. Généralement, le jugement d’appel intervient maximum dans les 10 jours après le dépôt pour les détenus incarcérés. Mais 2 mois après le rendu du verdict et le dépôt de l’appel, rien n’a été fait par l’avocat pour qu’il y ait effectivement appel, le dossier était même encore tout dernièrement au tribunal de première instance au lieu d’être à la chambre d’appel.

Nous les familles avons donc décidé de nous battre et de refuser l’inadmissible. Sans vouloir discuter plus sur le fond de l’affaire, nous avons décidé de faire respecter nos droits, nos décisions et bien sûr celles des garçons qui n’ont cessé de clamer qu’ils ne veulent pas faire appel car, tout le monde le sait, pour ce genre de peine avec ce chef d’inculpation, cela ne servira à rien. Nous avons donc déposé une plainte et une demande officielle auprès du Procureur général de Tunis afin de faire annuler la demande d’appel. Nous avons parallèlement officiellement signifié le premier avocat, comme nous l’autorise l’article 42 du code de procédure pénale, qu’il ne nous représente pas et que nous ne souhaitons plus qu’il intervienne dans cette affaire. Il ne s’agit nullement d’un passe-droit ou d’un traitement de faveur, mais juste de pouvoir faire respecter le droit et nos droits à choisir plutôt que de subir.

C’est notre droit donc, maintenant que les garçons ont effectué la moitié de la peine, de demander une grâce ou une libération. Et c’est à ce titre que nous nous battons, que nous demandons à notre ministre de tutelle, Monsieur le Ministre de la Culture, de nous aider dans cette voie.

Florence Pescher-Dridi, Léila Abida, Dalila Ayed, Latifa Manaï, Mondher Yahya.

*(1)Nejib Abidi est le président de l’association, Yahya Dridi le secrétaire général.

Who are We ?

AlSajin52

 

Recently created, AlSajin 52 is an independent citizens’ initiative , launched by a group of individuals. This initiative is open to all individuals , proposals, reviews, support, testimonials and contributions.

AlSajin 52 does not speak for anyone but aims to revive the old dream that is to change the law 52 and to save succeeding generations of our country.

AlSajin 52 talks about the experience of users and ex-prisoners.

AlSajin 52 relates life stories and reflections of professionals ( legal, medical , police , psychological, social … ), theoretical horizons and ground realities wich are very special about this law.

Beyond the social and intellectual adventure it represents, AlSajin 52 is designed as an incentive tool debate.

Our objectives :

Being convinced that the noose tightens against the people through, among others , the law No. 52 of 18 May 1992 on the use of cannabis, this group consists of independent and different people who have decided to meet for the sole purpose : Reform this law considered repressive. Law 52, today, still maintains the relentlessness police and judiciary in place, the same as in the days of the old regime of Ben Ali.

· AlSajin 52 is the abortion of the sentence of imprisonment against drug users , especially cannabis ( ZATLA ) governed by this law. Reform deemed necessary and intended to meet a real popular expectation.

· AlSajin 52 does not in any way seek to encourage drug use, but is convinced that the sentence of a year or more in prison , does not provide motivation for withdrawal in many cases.

· AlSajin 52 tries by this initiative to make people understand the reality of cannabis in our society of consumption or overconsumption .

Our fight is the fight of ALL !

 

Traduit par Balkiss Chograni

The dark years

alsajin52-art1

Prohibited since independence, cannabis or takrouri remained in the collective memory as a friendly and not harmful habit . Nowadays , it is said that the soft drug is no longer a mundane phenomenon . It affects all social strata and especially young people, who are in the crosshairs of the police.

According to official figures , 90% of young people between 10 and 18 had access to cannabis in the street or at home. The youngest of them are attracted by the glue . Yet the center of Jebel el Oust, 40 km from Tunis, that was intended for detoxification, has been closed since 2011. The reasons for its closure are unknown but it is obvious to everyone that the people in power do nothing to save the victims of addiction.

Today, nothing has really changed from the way things were done back when Ben Ali was still in power, the Tunisian criminal legislation continues to provide law enforcement to control the population and particularly any dissenting voice. Every day, people are arrested because of Act No. 52 of 18 May 1992 which penalizes the use of cannabis ( Zatla ) . This Act provides that offenses of possession, use and trade of addictive substances are given specific treatment which derogates from the accepted rules of all criminal offenses. The evaluation of the preventive aspect of this legal instrument , considered too rigid , does not seem conclusive , a posteriori, it lacks incentive for withdrawal and rehabilitation .

The Act provides special provisions and specific penalties for poisonous substances known . Products considered as drugs were listed by The Act 92-52 of 18 May 1992 , this same act contains the punishments imposed upon consumers and owners for personal use ( Art. 4) . It imposes sanctions for only being around the places where drugs are used (Article 8 ) and confirms the prohibition of extenuating circumstances in favor of the “offenders” on narcotics (Article 12 ) .

Art.4 : Will be punished by imprisonment of one to five years and a fine to three thousand dinars , any consumer or owner for personal use of plants or narcotic substances , except as permitted by the law. The attempt is punishable. Art.8 : Will be punished by imprisonment of six months to three years and a fine to five thousand dinars , anyone who knowingly attends a place designated and arranged for the use of drugs and in which they are used . Art . 12: Article 53 of the Penal Code does not apply to offenses under this Act.

When police arrests a person , a urine test is done almost automatically . If it reveals traces of tetrahydrocannabinol ( THC) , the active substance of cannabis in the body of the suspect (which takes a few weeks to disappear ) , they are prosecuted automatically. However, this test does not distinguish between weaning and rehabilitation.

The former regime of Ben Ali has used these laws to control the rebellious youth . To continue to apply these ridiculous laws, especially after the revolution, proves that the police and law enforcement system in general are still the same.

On a private radio station, the prison governor, who has been dismissed since he suggested decriminalization of consumers who often are young, explained that the majority of victims , once in prison, are introduced to crime and then have difficulties in social and professional rehabilitation. ”

It seems justified, indeed , that the government is using these laws against the young people as a prevention. When it comes to young people, the urine test has become a routine , even if they are indicted for other reasons , ” Anas Ben Hriz , hospital doctor .

We do not seek to encourage the use of drugs nor to find excuses to justify it. However, we believe it would be much more appropriate to establish a controlled input of these substances across our border networks. Prevention policies at all levels would be fairer than making consumers, who are only victims in the end, pay for it.

By this disproportionate logic of punishment , supposedly making people get away from drug use , we only destroy lives instead of trying to fight the root of the problem . We can , through a reform of the law, treat the roots of the problem.

The police and judicial harassment of Tunisians through Bill 52 must end. We accuse the Tunisian political class and ask that this injustice immediately ends beginning with the reform of Law No. 52, and by aborting imprisonment of consumers. Then through prevention and integration of victims of the law into society.

 

Traduit par Balkiss Chograni

Années enfumées

alsajin52-art1Interdite depuis l’indépendance, la consommation de cannabis ou takrouri est restée dans la mémoire collective comme une coutume non nocive mais plutôt conviviale. De nos jours, il est à savoir que la drogue douce, n’est plus qu’un phénomène mondain. Elle touche toutes les couches sociales et plus particulièrement les jeunes, qui sont dans le collimateur de la police.

Selon des chiffres officiels, 90 % des jeunes entre 10 et 18 ans ont eu accès au cannabis dans la rue ou chez eux. Les plus jeunes sont attirés par la colle. Pourtant, le centre de Jebel el-Oust, à 40 km de Tunis, prévu pour la désintoxication est fermé depuis 2011. les raisons de sa fermeture restent inconnus mais montrent que le pouvoir ne fait rien pour sauver les victimes de la toxicomanie.

Aujourd’hui comme sous l’ère de Ben Ali, la législation pénale tunisienne en vigueur continue à servir la répression afin de contrôler la population et surtout toute voix contestataire. Chaque jour, des citoyens sont arrêtés à cause de la loi n°52 du 18 mai 1992 qui pénalise la consommation de cannabis (Zatla). Cette loi prévoit aux infractions de détention, usage et commerce des substances toxicomanogènes un traitement spécifique qui déroge aux règles admises pour l’ensemble des infractions pénales. L’évaluation de l’aspect préventif de cet instrument juridique, considéré trop rigide, ne semble pas concluante, a posteriori, en matière d’incitation au sevrage et à la réhabilitation.

Cette loi prévoit des dispositions spéciales et des sanctions spécifiques pour les substances dites vénéneuses. La loi 92-52 du 18 mai 1992 relative aux stupéfiants établi la liste des produits considérés comme stupéfiants ; et maintient les sanctions vis-à-vis des consommateurs et des détenteurs pour usage personnel (art.4). Elle introduit la sanction de la seule fréquentation des lieux de consommation (art.8). Et elle confirme l’interdiction du bénéfice des circonstances atténuantes au profit des « contrevenants » en matière de stupéfiants (art.12).

Art.4 : Sera puni de l’emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de mille à trois mille dinars, tout consommateur ou détenteur à usage de consommation personnelle de plantes ou de matières stupéfiantes, hors les cas autorisés par la loi. La tentative est punissable.
Art. 8 : Sera puni de l’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de mille à cinq mille dinars, quiconque fréquente sciemment un lieu affecté et aménagé pour l’usage des stupéfiants et dans lequel il en est fait usage.
Art. 12 : Les dispositions de l’article 53 du code pénal ne s’appliquent pas aux infractions prévues par la présente loi.

Il n’est pas besoin de flagrant délit. Lors des arrestations, un dépistage urinaire est effectué presque systématiquement. S’il révèle des traces de tétrahydrocannabinol (THC), substance active du cannabis dans le corps d’un suspect (et qui met quelques semaines à disparaitre), des poursuites sont engagées automatiquement. Par contre, ce test ne distingue pas entre un sevrage et une réhabilitation.

L’ancien régime de Ben Ali a utilisé ces lois afin de contrôler la jeunesse contestataire. Continuer à les appliquer, prouve encore une fois que le système policier et répressif est toujours en place.

Sur les ondes d’une radio privée, le directeur des prisons, qui a d’ailleurs été démis de ses fonctions depuis, a suggéré la dépénalisation pour les consommateurs qui souvent sont des jeunes. Il a expliqué que la majorité des victimes, une fois en prison, s’initient à la délinquance et connaissent ensuite des difficultés de réinsertions sociales et professionnelles.

“La justice semble, en effet, instrumentaliser la consommation de cannabis de manière préoccupante. Dès qu’il s’agit de jeunes, le test d’urine est devenu systématique, même s’ils sont mis en examen pour d’autres motifs”, Anas Ben Hriz, médecin hospitalier.

Nous ne cherchons pas à encourager la consommation des drogues ni trouver des excuses pour la justifier. Cependant, nous pensons qu’il serait beaucoup plus adéquat de mettre en place un contrôle des réseaux d’entrée de ces substances à travers nos frontières. Une politique de prévention à tous les niveaux serait plus équitable que de faire payer les consommateurs qui ne sont que des victimes en fin de compte.

Par cette logique de punition disproportionnée, supposée détourner les gens de la consommation des drogues, on ne fait que détruire des vies au lieu de chercher à attaquer les racines du problème. Nous pouvons, à travers une réforme de la loi soigner les racines du problème.

Cet acharnement policier et judiciaire sur le peuple tunisien à travers la loi 52 doit prendre fin. Nous accusons la classe politique tunisienne et demandons que cette injustice cesse immédiatement à commencer par la réforme de la loi n°52, et ce en avortant la peine d’emprisonnement pour les consommateurs. Ensuite par la prévention et l’intégration des victimes de la loi dans la société.

Yahya Dridi : Prisonnier numéro 4577

Yahya

 

Âgé de 26 ans, YAHYA DRIDI est un talentueux ingénieur de son et secrétaire général d’Asso Chaabi.
Militant sur la question de la justice sociale et connu pour collaborer essentiellement sur des films engagés.
Il travaille depuis longtemps avec Nejib Abidi et ont d’ailleurs mené plusieurs investigations notamment en Italie pour le tournage d’un documentaire sur les Harraka.
Il réside entre la Tunisie et la France où il mène ses activités artistiques.

YAHYA DRIDI a été arrêté avec sept jeunes artistes et militants (Nejib Abidi, Abdallah Yahya, Slim Abida, Mahmoud Ayed, Skander Ben Abid, ainsi que deux amies artistes et étudiantes, engagées et activistes), à l’aube du samedi 21 Septembre 2013, aux alentours de 4 heures du matin, dans la résidence du cinéaste et militant Nejib Abidi, se situant à Lafayette, lors d’un assaut policier dont les procédures semblent ambigües. Lors de l’arrestation, ces jeunes étaient entrain de travailler sur la bonde originale du film documentaire de Nejib Abidi.
Il attend jusqu’à ce jour son jugement et affirme ne pas se sentir coupable et qu’il est convaincu qu’il y a des motivations politiques derrière cette arrestation.

 

يحيى دريدي، 27 سنة، مهندس صوت و نائب رئيس جمعية شعبي و هي مشروع تعاون بين جمعيّة شعبي و منظّمة تيرنيغ طابل الدنمركيّة يهدف إلى دعم الفنّانين الشبّان في عالم الهيب هوب، كما يهدف المشروع الى تشبيك المشاريع الفنية الناشئة في تونس و العالم العربي من خلال تنظيم ورشات تكوين و إنتاج مشترك بين شبّان من جنسيّات عربيّة مختلفة.يعرف يحيى بنشاطه في شأن مسألة العدالة الاجتماعية التي ترتبط بمغلب أعماله الفنية.
يعمل يحيى مع نجيب عبيدي في اخراجه لفيلم “بازار” وأجرى أيضا العديد من التحقيقات وخصوصا في إيطاليا لتصوير الفيلم الوثائقي المذكور آنفا.
يعيش بين تونس و فرنساحيث يؤدي نشاطاته الفنية منذ أن تحصل على ترخيص سفر لمدة 3 سنوات “VISA Compétence et Talent”.

Envoyez lui une lettre sur cette adresse et manifestez votre indignation :

Yahya ben Housin ben belgasim dridi : 4577
PRISON DE MORNAGUIA 1110 MORNAGUIA GOVERNORAT DE MANOUBA – Tunisie

Slim Abida : Prisonnier numéro 3518

Slim

 

Agé de 33 ans, SLIM ABIDA est musicien bassiste, compositeur et fondateur du groupe Jazz Oil.
Il réside entre Tunis et Paris. Présent sur la scène musicale contestataire depuis plus de 10 ans, il travaille avec Nejib Abidi, Yahia Dridi, Skander Ben Abid et Mahmoud Ayed sur la bande son du prochain film documentaire de Nejib Abidi.

 

SLIM ABIDA a été arrêté avec sept jeunes artistes et militants (Nejib Abidi, Yahya Dridi, Abdallah Yahya, Mahmoud Ayed, Skander Ben Abid, ainsi que deux amies artistes et étudiantes, engagées et activistes), à l’aube du samedi 21 Septembre 2013, aux alentours de 4 heures du matin, dans la résidence du cinéaste et militant Nejib Abidi, se situant à Lafayette, lors d’un assaut policier dont les procédures semblent ambigües. Lors de l’arrestation, ces jeunes étaient entrain de travailler sur la bonde originale du film documentaire de Nejib Abidi.
Il attend jusqu’à ce jour son jugement et affirme ne pas se sentir coupable et qu’il est convaincu qu’il y a des motivations politiques derrière cette arrestation.

 

سليم عبيدة، 33 سنة، عازف موسيقي، ملحن ومؤسس مجموعة Jazz Oil، من أبرز مجموعات الموسيقة البديلة في تونس، بعد أن كان من موسيقي Gultrah Sound System.

بعد أكثر من عشرة سنوات في الميدان، يعتبرسليم من أبرز فناني لساحة الموسيقة البديلة في تونس.
يعيش بين تونس و فرنسا حيث يؤدي نشاطاته الفنية منذ أن تحصل على ترخيص سفر لمدة 3 سنوات “VISA Compétence et Talent”.

Envoyez lui une lettre sur cette adresse et manifestez votre indignation :

Salem Slim Ben Monji Ben Salem ABIDA : 3518 – Pavillon 4 – Chambre 4.3
PRISON DE MORNAGUIA 1110 MORNAGUIA GOVERNORAT DE MANOUBA – Tunisie