Demandez la libération d’Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida et Mahmoud Ayed !

Les faits :

Le 19 septembre 2013, cambriolage au domicile de Nejib Abidi, sous les yeux des policiers en faction devant la synagogue : seuls 2 disques durs  contenant des centaines d’heures de rushs disparaissent.

Dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 septembre, vers 4h du matin, une équipe de policiers arrive en force, sans mandat d’amener, sans ordre de perquisition, sans ordre du procureur de la république, et arrête les sept personnes présentes : Nejib Abidi, Amal Amraoui, une autre jeune fille, Skander Ben Abid, Yahya Dridi, Mahmoud Ayed et Slim Abida.

Une perquisition a lieu sur le champ, les policiers saisissent un 3ème disque dur, volent l’argent des prévenus et les papiers (carte de séjour française, livret de famille, billet de bateau) de Yahya Dridi… vol, clairement mentionné par les intéressés pendant les interrogatoires et dès la première audition du juge d’instruction, mais qui n’a pas donné lieu à des poursuites judiciaires.

Pourquoi ces jeunes étaient-ils réunis ? Parce qu’ils fêtaient le départ prévu pour le lendemain de Yahya Dridi qui rejoignait son épouse afin de s’installer en France et parce que Yahya, Slim et Mahmoud finissaient avec Abdallah Yahya, la bande son du documentaire « Le retour » sélectionné pour le festival international du film des droits de l’Homme de Tunis, dont la projection était programmée pour le 27 septembre 2013, soit une semaine plus tard.

Les 8 ont été transférés à Bouchoucha où ils ont fait 6 jours de garde à vue dans des conditions terribles, accompagnées de violences policières citées dans le dossier devant le magistrat, avant d’être amenés le 27 septembre devant le juge d’instruction. Première grosse surprise, le tout premier PV d’audition a mystérieusement disparu et le juge a fait comprendre aux avocats qu’il valait mieux oublier le vol qualifié des policiers dans l’intérêt des clients.

A l’issue de cette première journée d’audition, quatre personnes ont été libérées en conditionnelle : Nejib, Amal, l’autre jeune fille et Skander ; quelques jours plus tard, ils bénéficieront d’un non lieu. Les autres, Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida et Mahmoud Ayed, ont été incarcérés à la prison civile de Mornaguia sur la base de résultats d’analyses montrant une consommation de cannabis. Hors il n’y a eu aucune analyse légale, des policiers se sont présentés à l’hôpital avec des urines récupérées dans des bocaux en verre, d’après eux, auprès des suspects !

Dès le début de cette affaire donc, des zones d’ombre et de non droit sautent aux yeux. Les avocats n’ont cessé de demander des contre analyses, mais sans succès.

Le procès qui a eu lieu le 27 janvier, a été révélateur de tous les manquements, de tous les vices de forme et de procédure qui entachent l’affaire. Mais malgré le non respect total du droit, bien que les plaidoiries des avocats, aient démontré que tout ça n’était que le résultat combiné d’une volonté politique et d’une vengeance policière, la juge a prononcé pour les quatre détenus toujours incarcérés, une peine d’une année.

Que pouvait-il y avoir d’aussi intéressant dans ces disques durs ? Pourquoi des policiers ont-ils fait irruption au domicile privé d’un citoyen, sans ordres ?
Dans les disques durs, il y avait des images tournées en 2012 sur les disparus de Lampeduza, et de quoi déranger un bon nombre de personnes… comme des témoignages sur l’implication de la police de Kabaria dans le départ de centaines de tunisiens vers l’Italie. Non seulement les policiers organisent eux même la montée dans les bateaux de la mort mais exigent au passage une « rachoua » en plus de celle demandée par le passeur. L’enquête menée par les cinéastes a démontré qu’il y aurait eu un accord entre les autorités italiennes et les autorités tunisiennes pour cacher une bavure côté italien à l’arrivée des bateaux. C’est ce que dénonce « Bazar », le film de Nejib Abidi, qui était en passe de sortir au moment de leur arrestation.

Par ailleurs, ces jeunes artistes engagés, ne s’étaient pas arrêtés là. Ils ont depuis plus de deux ans multiplié les actions militantes, créé le MJR, mouvement des jeunes révolutionnaires, mobilisé des milliers de jeunes au moment du sit-in du Bardo à l’été 2013. Ils ont tourné un documentaire sur l’assassinat de Chokri Belaid, et venaient de finir un très beau documentaire, « Le retour », d’Abdallah Yahya qui raconte les violentes descentes de police la nuit dans un petit village, El Omrane, … Si on ajoute à cela que Nejib Abidi et Yahya Dridi avait fondé l’association et radio contestataire Chaâbi*(1), empêchée d’émettre avant même qu’elle ait commencé, que leur producteur pour les images citées n’est autre que Nasredine Shili, lui-même incarcéré fin août 2013 pour avoir jeté un œuf sur le ministre de la culture, cela fait beaucoup de coïncidences.
D’ailleurs, les artistes se savaient surveillés depuis le début du mois d’août, quand leur présence au sit-in du Bardo, et le rejet affiché de tous les partis politiques existants avaient éclaté au grand jour, faisant poindre à l’horizon pour le gouvernement la peur d’une nouvelle révolution.

Comme si tout cela n’était pas suffisant, Maitre Koutheir Bouallegue a décidé SEUL, contre l’avis des autres avocats du comité de défense spontané dont il faisait partie, contre la volonté des familles et CONTRE la décision des 4 prisonniers de déposer une demande d’appel. Ce qui est bien sûr contraire au droit. Il s’agissait d’une véritable « PRISE D’OTAGES » puisque plus aucun autre recours n’était désormais possible, ni demande de grâce, ni demande de libération conditionnelle, ni mesure d’aménagement de la peine. Mettant les familles devant le fait accompli il a ensuite exiger 1000dt par famille, et devant le refus et/ou l’impossibilité de payer pour 2 d’entres elles, il a laissé purement et simplement tombé le dossier. Une plainte a été déposée contre Maitre Bouallègue auprès du procureur général et du bâtonnier.

Généralement, un jugement d’appel intervient maximum dans les 10 jours après le dépôt pour les détenus incarcérés. Mais plus de 2 mois après le rendu du verdict et le dépôt de l’appel, rien n’avait bougé. Pire, la juge avait perdu le dossier et malgré les appels répétés du procureur général pour que ce dossier lui soit transmis afin de faire annuler la procédure d’appel à la demande des familles et des détenus, le dossier était « introuvable ».

Concrètement, cela veut dire que les 4 détenus qui ont été libérables le 20 mars et proposés conjointement par le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire pour la libération du 9 avril n’ont pu être libérés uniquement parce qu’administrativement, leur dossier portait la mention de l’appel (bien qu’ils aient eux mêmes refusé de signer l’appel à la prison) !! 2 possibilités envolées de mettre fin à leur calvaire parce que leur dossier avait disparu et qu’un avocat avait agit contre le droit, c’est un comble pour une institution censée faire respectée la justice et le droit des citoyens.

Lundi 14 avril, nous entamions la 4ème semaine de recherche du dossier quand la juge, suite à un appel de ses pairs, l’a enfin retrouvé.

Mercredi 16 avril, le dossier a enfin comparu en audience d’appel, comparution nécessaire pour demander officiellement au magistrat d’annuler la procédure. Abdallah, Slim, Mahmoud et Yahya ont donc été amenés à la cour d’appel pour cette audience.

Après avoir attendu une journée entière, la juge appelle Abdallah, Slim, Mahmoud et… Nejib Abidi. Surprise générale, incompréhension, Yahya s’approche à la barre auprès de ses compagnons et se voit renvoyé en geôle par la juge qui déclare que Yahya Dridi ne figure pas parmi les détenus de cette affaire ayant fait appel, qu’il n’est donc pas concerné par cette procédure.

Le premier moment de confusion passé, aidé par des avocats sur place, je comprends alors que mon mari, Yahya Dridi, suite à une erreur de nom faite par Koutheir Bouallègue dans l’interjection d’appel, est considéré comme n’ayant jamais fait appel !!!!

Une erreur qui en a entrainé une autre puisque Yahya aurait donc dû sortir le 20 mars et le 9 avril mais personne au sein de l’administration générale pénitentiaire comme au ministère de la justice n’a pris soin de lire le dossier pour vérifier que les 4 personnes suscitées avaient toutes bien fait appel. La non exécution donc de sa sortie est liée à un appel qu’il n’a jamais fait !!!!

Décidément cette affaire multiplie les erreurs, les retards, les coups de théâtre, les vices de procédures.

Pour Abdallah Yahya, Slim Abida et Mahmoud Ayed, l’appel a donc enfin été annulé suite à l’audience de mercredi, ce qui leur permet désormais de demander une grâce exceptionnelle, ou une libération conditionnelle. Les mères attendent désormais l’attestation prouvant le retrait de l’appel qui devrait leur être délivrés la semaine prochaine.

Rappelons que ces jeunes sont des artistes, qu’ils n’ont jamais été arrêtés auparavant, que d’ordinaire, les condamnés à 1 an pour la première fois sont libérés à la moitié de leur peine. Les 4 artistes n’entrevoient plus qu’une libération par une grâce que pourrait leur accorder Monsieur le Président de la République au vu de toutes les erreurs qui ont entacher ce dossier car, la conditionnelle ne pourra leur être accordée qu’à partir de fin juillet. C’est en effet ce que prévoit le droit tunisien, si vous êtes condamnés à plus de 8 mois d’emprisonnement, vous ne pouvez pas être libérable avant d’avoir purgé 10 mois de la peine.

Ils sont à bout, à bout de forces, le moral au plus bas… Slim et Yahya, (tous deux résidents français) avaient des projets artistiques en France, qui sont mis en stand by à cause de leurs incarcération et qui pourraient bien être annulés s’ils ne sont pas libérés. La vie professionnelle des artistes est réellement menacée.

Mahmoud Ayed est soutien de famille, c’est lui qui assumait les charges de sa famille…une famille aujourd’hui plongée dans une profonde détresse financière.
Quand à Abdallah, dont la famille vit très loin de Tunis et se montre très affectée par son incarcération, il n’a pu bénéficié de visites, de couffins, « d’argent de poche » pour acheter les produits d’hygiène. Son film, « Le retour », qui a été primé par le jury et le public du festival international des droits de l’Homme, a pour l’instant disparu. Il aurait pourtant dû être projeté dans plusieurs festivals à l’étranger.

Est ce que l’Etat tunisien va laisser encore cette injustice continuer plus longtemps ? Est ce que la double peine (personnelle et professionnelle) a ici un sens ? L’incarcération vise à mettre au ban de la société des individus dangereux pour la société, est ce que maintenir des artistes en prison rendra à la société tunisienne plus un sentiment de sécurité? Quand normalement les doutes, les erreurs, les vices de forme et de procédure doivent profiter aux accusés, n’a-t-on pas assez accumulé dans cette affaire des erreurs qui ne sont pas à l’honneur de la justice tunisienne, pour qu’ils soient libérés ?

Nous, les familles, demandons publiquement à Monsieur le Président de la République, de bien vouloir mettre fin à cette affaire, en accordant à Abdallah Yahya, Yahya Dridi, Slim Abida et Mahmoud Ayed, une grâce exceptionnelle, en accord avec ce qui avait été programmé le 9 avril et qui n’a pu être exécuté suite à aux erreurs qui ont marqué le dossier.

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